écrire dans les marges est un atelier d’écriture inspiré du livre Le king et le prophète d’Héloïse Gay de Bellissen, dans lequel on apprend qu’Elvis Presley écrivait des marginalia dans le livre le Prophète de Khalil Gibran. Vous suivez ? Allez faire un petit tour par là!
Et aussi par ici pour l’atelier d’criture sur le Prophète.
Aujourd’hui, on va s’amuser à écrire des marginalia, inspirés par le livre-objet S, le bateau de Thésée. du mystérieux V.M. Straka. Livre édité chez Robert Laffont et sorti en 2014. Oui, ça date !
Au Moyen Age, les moines copistes écrivaient dans les marges pour préciser, commenter, mettre en garde, voire donner leur avis dissident. Ils dessinaient également des scènes grotesques, satiriques. On appelait cela les marginalia ou apostilles.
Lorsque l’on regarde des livres aux enluminures, on remarque que la marge est très large. On espérait que les souris qui grignoteraient le papier mettraient du temps à attaquer les écritures, ou de l’eau, ou du feu.
Voltaire, au XVIIIe siècle, annota si largement des livres dans sa bibliothèque que ses annotations ont été rassemblées et publiées.
Jouer avec les marges, c’est un peu comme chuchoter pendant un cours : c’est là que se cachent les meilleures blagues et les réflexions les plus libres.
Notre livre de référence est S, le bateau de Thésée, roman et auteur fictifs, inventés par l’écrivain Doug Drost et le cinéaste J.J Abrams. Ce dernier est scénariste, réalisateur et producteur. Créateur des séries événements Lost, Alias ou encore Person of Interest et Fringe, il est également le producteur de films cultes tels que Mission Impossible 3 et 4, Star Trek ou encore Super 8. Aujourd’hui coscénariste et réalisateur de Star Wars Épisode 7, J.J. Abrams est entré dans la légende.
Montrer le livre : le résumé sur le site de Robert Laffont, l’éditeur :
« Une étudiante ramasse un livre égaré. À l’intérieur, une série de notes révèlent un lecteur captivé. La jeune femme annote le livre à son tour, puis le repose à l’endroit où le lecteur inconnu l’a laissé. Ainsi commence un chassé-croisé qui va entraîner les deux étudiants – Eric et Jennifer – dans une aventure originale. Eric et Jennifer sont prêts à tous les sacrifices pour lever le voile sur l’écrivain de génie V/M Straka. Ils ne sont pas les seuls…
C’est de la littérature ergodique (où le lecteur doit fournir un effort physique pour parcourir le texte). Elle pousse le concept de marginalia à son paroxysme : la marge n’est plus un commentaire, elle devient le récit lui-même.
Pour en savoir plus sur la genèse et le mystère de ce livre, allez vous balader là !
1/J’ai de la marge !
J’ai de la marge, cela veut dire, j’ai du temps encore. Pour faire toute la liste de choses à faire, à réaliser, en vrai ou de manière imaginaire, on a de la marge ! et terminer la phrase par un point d’interrogation, puis finir par J’ai de la marge !
Visiter le Machu Picchu et y aller en courant ? J’ai de la marge !
Un rendez-vous dans trois minutes chez le dentiste ? J’ai de la marge !
Ranger mon placard avant la vente de la maison ? J’ai de la marge !
A vous !
2/Les marginalia scolaires revisitées.
Souvenez-vous des marginalia d’Elvis Presley dans le Prophète de Khalil Gibran !
Faites la liste de tout ce que l’on pouvait trouver dans les marges de vos copies, écrites par le prof ou par vous !
Dans la marge : peut mieux faire !
Dans la marge : je vous ai déjà demandé de ne pas utiliser de blanco !
Dans la marge : vous préférez regarder par la fenêtre, grand bien vous fasse !
Dans la marge : ce n’est plus pédaler dans la choucroute s’est se noyer dans un verre d’eau !
3/La vie à deux. Vos premières marginalia : Oui mais… Perso…
Lire la citation suivante : « La marge est le jardin de derrière, le terrain vague, l’espace de liberté où le lecteur s’ébroue, s’émancipe de l’autorité du texte. Il y consigne ses doutes, ses colères, ses enthousiasmes de lecteur qui ne veut pas seulement recevoir, mais répondre. Écrire en marge, c’est transformer le monologue de l’auteur en un dialogue vivant, parfois brutal, souvent amoureux. C’est la trace de notre passage, comme un petit caillou blanc déposé sur le chemin d’une lecture. »
Anne-Marie Garat, L’Usage des marges, 2012
Voici un texte tiré de La vie meilleure d’Etienne Klein. Le couple, jeunes mariés, apprennent à mieux se connaître. A vous déposer des petits cailloux blancs, de souligner les passages, phrases, mots qui vous touchent, vous intéressent, vous interpellent. Puis essayez d’annoter dans les marges vos réflexions, vos ressentis, vos interrogations, afin de créer vos premières marginalia. Vous pouvez aussi dessiner, gribouiller… Extrait du texte pages 36-37.
Vos marginalia peuvent commencer par :
1/Souligner les mots ou les phrases, stabilotez le cas échéant
2/Mettre des points d’interrogation ou d’exclamation
3/Oui mais…
4/Ou encore Moi perso…
« Lucie le regarde, elle aussi.
Dans la belle maison où ils s’installent, derrière la pharmacie, ils apprennent à se connaître. Elle raconte les matinées d’enfance et les grands parcs, les floraisons, le piano. Il dit les tableaux noirs, les études à Paris, la vie de chimiste dont il rêvait, d’abord. Lucie aime Schuman, Emile préfère Mozart. Lucie aime le soleil levant, Emile préfère les couleurs du soir. Ils parlent, ils rient, tout étonnés d’être là, ensemble, pour longtemps. Ils se chamaillent, se blessent sans le vouloir, s’apprivoisent.
C’est la maladresse des commencements. C’est leur premier été.
Ils se frôlent avec d’infinies pudeurs. Ils découvrent l’un et l’autre le poids d’une chevelure, la tiédeur d’une peau, la grande fatigue après l’amour. Ils découvrent les faux pas, ce qu’il ne fallait pas dire et combien l’on dépend toujours les uns des autres.
Le soir, ils vont marcher, Emile veut qu’elle sache tout des lieux de sa jeunesse, les rues longues, l’immeuble où vivaient les grands-parents, les quelques marches qui l’enjambait sur le chemin de l’école. Il a peur parfois qu’elle ne voie pas leur magie, qu’elle se lasse ou s’agace, mais non, elle les adopte, les quelques marches et les façades d’autrefois, le vieux canal, les cercles dorés sur la Seine, la silhouette un peu pataude de la cathédrale où, parfois, avec Catherine, elle va se mettre à genoux. Émile les accompagne, quand il peut. »
Etienne Kern, La vie meilleure, Gallimard, 2024 (pages 36-37)
4/Une histoire dans les marges.
Voici une recette de cuisine. Apparemment, rien d’extraordinaire. L’intérêt est ce qui est écrit dans les marges comme dans le livre Le bateau de Thésée.
Préparer sur la feuille le début (locuteur A) : entourer le « voici les étapes à suivre », tracer un trait vers le haut et poser une première question…
Vous vous passez la feuille après avoir écrit une ou deux phrases.
Le locuteur A : Éric pose les questions (crayon vert)
Le locuteur B : Jennifer répond aux questions (crayon rouge)
L’histoire : Jennifer doit faire passer une valise pleine de documents compromettants à Éric.
Amusez-vous à promener le lecteur en tirant des traits, en entourant, barrant, etc.
Attention à écrire de manière lisible pour la mise en commun.
5/Lorem ipsum : poesis !
« Rien n’est plus émouvant que de retrouver, dans un livre d’occasion, les traces de celui qui nous a précédés. Une tache de café, un brin d’herbe séché, une flèche rageuse sous un adjectif, un point d’interrogation timide au crayon de bois. Ces marginalia sont les battements de cœur d’un lecteur fantôme. Ils nous disent que le livre a été habité, qu’il a servi de refuge ou de champ de bataille. Un livre propre est un livre muet. »
Anne-Marie Garat, L’Usage des marges, 2012
En informatique, dans la construction d’un site internet par exemple, on remplit par le lorem ispum les parties à écrire.
A partir de ce texte en latin de cuisine (comme disait Molière) qui ne veut pas dire grand-chose, inspirez-vous des mots de manière aléatoire en jouant avec les sonorités, construisez un poème :
Voluptatem, avec volupté je te regarde chanter
Dolorem, avec douleur, je montre les dents
Bibliographie
- Etienne Kern, La vie meilleure, Gallimard, 2024
- Anne-Marie Garat, L’Usage des marges, 2012

